23/02/2005

Ecrire l'histoire d'une photo (suite)

Cela fait maintenant trois ans que j’ai terminé ma thérapie. Lors de ma rentrée au centre de désintoxication, j’étais sûre que je n’allais jamais m'en sortir, persuadée que c’était trop tard et surtout que je resterais une éternelle droguée mais on m’a convaincue du contraire.
Suite à ces interminables mois de thérapie, j’ai fini par m’en sortir grâce aux spécialistes qui m’entouraient. Après avoir pris du recul, j’ai fini par comprendre mes erreurs et j’ai décidé d’écrire un livre pour raconter mon histoire et peut-être aider des jeunes à éviter ce vice.
Pour que mon histoire soit la plus plausible possible, j’ai décidé de retourner à certains endroits qui pouvaient m’aider à me remémorer divers souvenirs.
Je suis allée à un endroit en particulier, un endroit où, à l’époque, je pensais passer mes plus beaux moments de délire avec mes amis, c’était une simple entrée de parking qui avait été abandonnée à cause de l’absence de permis de bâtir.
Une fois arrivée sur place, des souvenirs que je pensais avoir effacés de ma mémoire me revinrent à l’esprit. Surtout les scènes où nous taguions ces murs pourtant si propres ou encore quand nous cassions toutes les ampoules qui éclairaient le parking, sans oublier les moments où nous étions au « 7ème ciel » après avoir absorbé toute cette drogue.
Je me suis inspirée de tous ces souvenirs pour écrire mon récit qui, au bout du compte, est plutôt réussi. Je le trouvais assez convaincant et plein de bons conseils.
Une fois le texte terminé, quelque chose manquait encore à ce livre pour qu’il attire les jeunes et les personnes concernées par cette dépendance. J’ai donc voulu réaliser moi-même la couverture. Je voulais quelque chose qui permettrait aux lecteurs de se représenter ces lieux. Et c’est là que j’ai pensé à l’entrée de ce fameux parking. Une image qui, comme ça, ne disait pas grand-chose en elle-même mais après avoir pris cette photo et après l’avoir contemplée pendant des heures, j’y ai vu quelque chose, une sorte de couloir représentant mon adolescence. Un couloir qui est, au début, tout à fait banal, mais qui finit par s’enfoncer dans l’ombre et je me suis dit que cette entrée de parking n’est autre que l’entrée d’une vie gâchée par la drogue. J’ignorais alors que je trouverais le bout du tunnel qui me paraissait pourtant impossible à atteindre.
 
-Adrien et Jeremy, 4è A- à partir de la photo L'entrée du parking, Dolorès Marat.


Elle voulait prendre une photo qui interpellerait tout le monde. Elle, c’est Dolorès Marat, une grande photographe qui aime s’imaginer des histoires sordides à partir de photos. Alors qu’elle était au volant de sa voiture dans une rue qui n’inspirait pas vraiment confiance, elle vit une entrée de parking. Elle regarda attentivement cette entrée et décida, enfin, de la prendre en photo.
Le soir venu, alors qu’elle s’ennuyait, elle alluma la télévision, prit ses photos et les regarda. Elle s’arrêta sur celle de l’entrée du parking et la fixa. Ensuite, rattrapée par la fatigue, elle s’endormit et rêva de ce parking où elle se vit marcher vers sa voiture et c’est là qu’elle fut le témoin d’une chose horrible! Un homme, tout de noir vêtu, était en train de poignarder avec tant de haine et de violence une jeune fille âgée de plus ou moins quinze ans. Lorsque cet homme remarqua la présence de Dolorès, il fonça sur elle, la fit tomber et se mit à lui caresser la joue droite. Ses mains étaient pleines de sang et il lui en mettait partout sur le visage. Il se mit à chuchoter : « Tu veux pas que ça t’arrive, hein ma jolie? » Elle fit non de la tête. Elle était en larmes et elle tremblait énormément. Il la regarda dans les yeux et passa sa main sous ses vêtements ; Dolorès ferma les yeux, la peur la rongeait. «Pourquoi moi ? » se demandait-elle. Elle sentait sa main gelée sous ses vêtements quand soudain…
Le téléphone sonna et la réveilla. La télévision était encore allumée. Elle était en sueur. Il était une heure du matin et elle avait toujours cette photo qui l’intriguait. Elle s’endormit comme une masse.
Cette fois-ci, elle se vit cachée derrière une benne à ordure et priait. Pourquoi ? Deux gangs: dans un, il n’y avait que des gens habillés comme des rappeurs ( cela s’appelle des ronys) et dans l’autre, quelques gothiques. Les insultes valsaient d’un coin à l’autre. Soudain, le leader se démarqua de son groupe, un rony nommé Jess, sortit un cutter de sa poche et commença à menacer un gothique. Le gothique esquivait chaque attaque jusqu’au moment où il se retrouva piégé par trois ronys qui le tenaient pour qu’il arrête de bouger. Jess fit le malin avec son cutter et puis fit « le sourire de l’ange » au gothique. «Le sourire de l’ange », c’est comme ça qu’on appelle le fait de couper au cutter des coins des lèvres jusqu'à la moitié de la joue. Ensuite, le leader a commencé à enfoncer son arme dans la gorge de cet homme à présent seul, car tous les autres s’étaient enfuis. Dolorès entendit la sirène des policiers. Pris de panique, les ronys s’enfuirent en laissant seul cet homme. Une fois disparus, Dolorès en profita, elle aussi, pour s’échapper.
Pour la deuxième fois, elle fut réveillée mais cette fois-ci, ce n’était pas la télévision mais son chien, Bilou, qui lui avait léché les mains. Deux heures, était-ce normal que cette nuit soit si longue ? Elle se mit à zapper mais aucun film ne la passionnait… Elle tomba endormie en plein visionnage du grand classique : La Grande Vadrouille.
De nouveau, elle était dans ce parking mais cette fois-ci, elle était attachée à une chaise. Elle ne pouvait s’imaginer ce qui allait lui arriver. Il faisait étrangement froid et très sombre. Alors qu’un peu de lumière entrait dans ce parking par l’entrebâillement d’une issue de secours, elle aperçut l’ombre d’une personne. Cette personne s’approchait doucement de Dolorès, c’était un homme. Il était encore plus bizarre que celui de son premier « rêve ». Effectivement, il portait un imper bleu marine qui lui tombait au-dessous des genoux, l’imper ouvert laissait apparaître un costard noir et une cravate vert fluo. L’homme avait une cicatrice au niveau de l’œil droit. Il se mit à tourner autour de Dolorès avec un sourire sadique. Il lui tira les cheveux de sorte que sa tête soit penchée vers l’arrière et pour qu’elle puisse le voir. La peur l’envahissait de plus en plus… Qu’allait-il lui arriver cette fois-ci ? Elle commença à pleurer tout en imaginant ce qu’il allait se passer. L’homme relâcha ses cheveux et lui caressa le visage, il sortit son couteau, le frotta contre le cou de Dolorès, elle tremblait, il souriait. Il la détacha ; ensuite, il s’amusa à passer le couteau sur le visage de Dolorès. Enfin, il lui enfonça la pointe légèrement dans la joue de façon à ce qu’elle ait des cicatrices et qu’elle puisse toujours être consciente pour la suite des évènements. Il lui arracha les manches de son pull et lui fit des petits traits tout le long de ses avant-bras. Le sang coulait. Elle se sentait partir, Il lui dit « maintenant tu comprends ce que j’ai dû endurer ». Dès qu’il eut fini cette phrase, il lui enfonça profondément le couteau dans le ventre et ensuite le retira. Dolorès tomba en avant, elle le voyait sortir de ce parking par cette issue de secours. Il ouvrit grand la porte, elle fut éblouie par la lumière du jour. C’est cette lumière qui la réveilla, elle était toujours dans son fauteuil, Bilou dormait dans son panier et la télévision était toujours allumée. Dolorès vit alors quelque chose qui l’horrifia. Un reportage parlait d’un crime qui s’était produit la nuit même dans le parking dont elle avait rêvé par trois fois. Le crime était raconté par une jeune reporter. «Un homme, sans pitié, a massacré une jeune femme, dans ce parking. Il lui a ouvert, à plusieurs reprises, le visage et les bras pour, enfin, la tuer à coups de couteau dans le ventre. Il a été arrêté ce matin. Il était déjà soupçonné de crimes semblables à celui-ci». Alors que la photo de cet homme passait à la télévision, Dolorès pleurait à chaudes larmes. C’était l’homme dont elle avait rêvé cette nuit. La journaliste continua : « il semblerait qu’il ait été, alors qu’il était encore enfant, martyrisé par son père, ce qui fait que depuis son enfance, il porte cette cicatrice ». Dolorès éteignit la télévision… Elle avait ressenti ce que cette jeune femme avait enduré…
 
-Olivia et Sylvain-, 4è A- d'après la photo L'entrée du parking, Dolorès Marat
 

Ce jour-là était un peu comme tous les autres, sombre et vide d’espoir. J’étais allée à l’école comme tous les jours. L’école était le seul endroit où je me sentais à l’aise. Je passais inaperçue.  Après une rude journée de travail acharné, je rentrais chez moi dans la cité de l’hirondelle, à deux pâtés de maison plus loin.  Ce jour-là, je suis rentrée chez moi avec un peu de retard. Il était 17h05 lorsque j’ai franchi la porte d’entrée du 11ème étage de la tour 2 et j’ai bien cru que ce moment serait le pire de toute mon existence.  Mon beau-père était là, saoul, affalé sur le canapé avec ses bières et ses chips au bacon. Apparemment, son humeur ne devait pas être à son apogée. Peut-être avait-il dû marcher trop longtemps pour accourir à son seul devoir : POINTER.  Quoi qu’il en soit, il m’a tout de même frappée une fois de plus ; ma mère comme d’habitude n’a pas bronché de peur d’y passer aussi et à peine les blessures précédentes disparues, de nouvelles plaies, bosses, rougeurs apparaissaient déjà.
Je suis donc partie en courant dès que j’en ai eu l’occasion comme je le fais à chaque fois qu’il me bat pour aller me réfugier dans ce parking qui n’est à présent utilisé que par les clochards et les drogués. Au moins, là, personne ne me voyait, personne ne me posait de questions. J’avais mon petit coin dans ce parking, mon petit abri où personne ne me trouverait. C’était un endroit en retrait, sombre et en cul-de-sac. Personne ne passait par là… Enfin, je le pensais avant que cet homme s’approche de moi. Il était incroyablement laid, vêtu d’un long manteau noir qui traînait par terre. Il avait une longue barbe brune et tenait une bouteille de J&B à la main. Je m’efforçais de croire qu’il ne me voyait pas. Mais seconde après seconde, je sentais les battements de mon cœur s’accélérer, ma gorge se serrer et mon ventre se nouer. J’avais les jambes flageolantes. Je savais que j’étais en danger mais je demeurais immobile. J’étais comme paralysée.  L’homme s’approcha de moi et me tint là ses premières et dernières paroles : "qu’est-ce que tu fous là toi ?"  Il s’approcha de moi. Je ne savais pas quoi faire, alors j’optai pour seule solution possible en ces lieux : COURIR.  Je courais vite, aussi vite que je le pouvais mais apparemment, pas assez pour le semer.  Il me rattrapa et me projeta au sol. Sans même avoir pu prendre le temps de me redresser, l’homme (qui a mon avis était un peu trop ivre à en croire l’odeur que dégageait son haleine) tomba à son tour, mais le cauchemar commença à ce moment précis.  D’abord, il me cogna la tête contre le sol jusqu’à ce que j’en tombe presque inconsciente. Ensuite, il me déshabilla sans trop de difficultés et commença à me pénétrer. Je pleurais, je hurlais, je le suppliais d’arrêter mais il n’en fit rien. Ce n’est que longtemps plus tard qu’il s’écroula à côté de moi, épuisé. J’étais étalée à côté de ce monstre sans même avoir la force de bouger.  Lui prit sa bouteille de J&B et en but une énorme gorgée qui, aurait-on dit, lui procurait un effet de désaltération.  Lorsque je voulus me redresser, lorsque je croyais que tout était fini, il prit sa bouteille, la fit basculer derrière sa nuque et accompagné d’un geste rapide du coude, la projeta sur moi. Il se remit à me battre et puis… trou noir.
Ce n’est que quelques minutes plus tard que je compris que ce corps que je voyais étalé par terre était le mien. J’ai cru d’abord à un mauvais rêve mais c’est lorsque je vis cet homme dont je n’oublierai jamais le visage partir en courant que je me suis réellement rendu compte… j’étais morte.  Je suis restée là, à me regarder durant un long moment. Et puis, la police est arrivée, l’ambulance a pris mon corps et des journalistes faisaient de photos et filmaient le parking.Mon beau-père apprit ma mort le lendemain matin dans le journal.  Et pour ma part, je ne suis partie que lorsque cet homme a été arrêté et jugé.Ce jour-là ? Je m’en souviendrai. Mais au final, je crois que je me sens mieux maintenant.
 
-Leïla, 4è B- d'après la photo L'entrée du parking, Dolorès Marat

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Commentaires

youpi trop la classe notre txt n est ce pas adri??pa mal du tout votre site Madame ;-)

Écrit par : JeReM | 25/02/2005

sadique un peu sadique notre texte (olivia et moi) ! je le reconnai on etait vraiment inspirer

Écrit par : SYL | 26/02/2005

PaS MaL dU tOuT :.))) c vrai ke le site est pa mal du tt et pi j'aime bien les texte de Sylvain et olivia et surtt celui de toi Jerem ac Adrien

Écrit par : Flo | 15/05/2005

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