27/02/2005

Ecrire l'histoire d'une photo

Je marche dans un long couloir du métro de Londres.  Je revenais d’un congrès de photographes qui avait lieu dans la ville.  Il est tard, je porte un sac à dos avec tout mon matériel de photographie à l’intérieur. Personne à l’horizon, je me retourne, personne derrière moi non plus. Je ne trouve que ce long couloir qui mène si loin et nulle part à la fois, propice à faire une photo.  Rien qu’une mais une photo quand même.  Ce chemin tout tracé devant nous. Il n’y a que trois solutions : s’arrêter, faire demi-tour ou aller en avant.  Trois solutions et pourtant on a l’impression de ne pas avoir le choix, avancer dans le tunnel pour peut-être trouver la sortie comme si c’était un labyrinthe, tant d’idées dans l’esprit. Finalement, je m’arrête, je sors mon pied, l’appareil photo.  Je le mets bien au centre de ce tunnel aux deux tiers rond. Et en un clic, j’immortalise à jamais une image où la seule solution est d’avancer en regardant au loin.  Je ne sais pas ce que penseront les personnes qui regarderont ma photo, mais moi je l’apprécie. Cette photo montre que dans la vie, il faut regarder au loin, comme la photo ; si on regarde ses pieds, on ne va nulle part. Moi, quand je vois la photo, je regarde au loin.  Pensez : mais qu’est-ce qu’il peut bien y avoir dans la partie cachée ?  C’est une photo comme ça que j’aime, une photo où l’on peut rester longtemps plongé, absorbé. Je regarde une dernière fois au loin parce que le gardien du métro me dit que c’est l’heure de fermer, je range mes affaires délicatement dans le sac. Je remets mon sac, j’avance encore et toujours vers la sortie, l’esprit toujours songeur.  Il y a des photos comme ça, différentes des autres et pourtant, c’est une scène de la vie quotidienne, banale. J’avance. Je vois enfin la lune, je suis à la sortie du tunnel. Je monte les marches, je me retourne et je dis au revoir au gardien du métro, mais toujours l’esprit ailleurs, quelque part dans ma photo.  Ce n’est ni une photo heureuse, ni une photo malheureuse, il ne se passe rien, on regarde au loin et …  Un chien aboie et me sort de mon imaginaire photographique, je vois un banc éclairé par l’éclairage public, j’enlève mon sac à dos, je sors mon pied, … mais ceci est une autre histoire ou plutôt une autre photo. Mon esprit est ailleurs, mais le vôtre peut toujours se perdre dans ma photo. Histoire courte et banale … mais pleine de réflexion...
 
-Arnaud, 4è A- d'après Le métro de Londres, Dolorès Marat

Ce métro vide, sans vie, pourrait-on l’appeler le couloir de la mort ? C’est comme si on rentrait dans un corps, le corps de Londres.
Bizarre ce couloir tout propre, calme alors que son souvenir n’est pas si net. Tiens, aucune trace à terre, aucun tag sur les murs, aucun …  Vite une photo avant… 
Rembobinons, visionnons cette cassette comme une cassette de souvenirs de vacances.
Des hommes, femmes qui courent, marchent, parlent.  D’une main, ils tiennent cette petite pochette fermée pour les uns, et un attaché-case pour d’autres, suivant leur préférence mais de l’autre main, invariablement, ils ont tous leur G.S.M, ce maudit G.S.M.
Vêtus de couleurs sombres, ils tirent une de ces têtes, on a envie de les frapper.  Leurs visages sont blancs, malades, malheureux, angoissés, stressés en permanence.
Passons …
Qui sont ces jeunes gens ? Que veulent-ils ? 
J’ai tellement l’habitude de voir des personnes pressées que je ne comprends pas pourquoi eux ne s’inquiètent de rien… on dirait qu’ils attendent quelque chose !  Ils ont de drôles de têtes… décidément, je ne suis vraiment pas habituée, de plus, certains d’entre eux portent une capuche mais pourquoi ? Il fait sombre…
Ah! enfin, lui, il est comme les autres, ceux qui sont toujours en vadrouille, qui avancent mais ne regardent jamais en arrière.
Il longe le mur sans s’arrêter en regardant par terre comme un enfant que l’on gronde parce qu’il a fait une bêtise.
Les jeunes gens l’observent avec un sourire narquois et sadique qui en dit long.  Ils se font des petits clins d’œil entre eux comme pour donner un signal.  Ils sont en cercle.
Boum, ils bondissent tous sur cet homme comme les autres qui ne faisait que passer pour prendre son métro, celui qui n’a rien demandé, qui avance mais ne regarde jamais en arrière. Coups, blessures, sang, déchirure, violence, sadisme, voilà les mots qui décrivent au mieux ce que ces jeunes font à cet homme qui pourrait être leur père. Horreur, répugnance, culpabilité, souffrance, voici les mots qui expriment ce que je ressens, ce que je vois et qui me met hors de moi.  Ils s’en vont et le laissent là, se vidant de son sang.
Seigneur, que j’aimerais être un homme pour l’aider, que j’aimerais être un homme pour pouvoir crier, pour pouvoir appeler de l’aide … Et quel spectacle, tout ce sang sur les murs tel un tableau désolant… 
Et puis, …  Un nouveau jour se lève sur ce monde infernal !  Tiens, le métro est vide, c’est bien la première fois.  A mon avis c’est à cause de l’histoire de l’homme comme les autres. Ah ! A ce propos, ils ont tout nettoyé, tout, à part les souvenirs. 
Voilà, maintenant la cassette est remise à l’endroit précis où j’ai commencé à la rembobiner. Vite une photo avant… avant la fin, la fin de mon histoire mais le début de l’horreur et de la quiétude, enfin je pense.
Les revoilà, moi qui croyais qu’ils auraient peur de ce qui pourrait leur arriver, comme à l’autre, mais non, ils ne se soucient plus du passé et ils ne se soucient même pas de l’avenir ! Seul compte le moment présent.  A croire que rien ne s’est passé, ce n’était juste qu’un mauvais rêve.
Pourtant, juste devant moi, une personne lit le journal mais pas celui d’aujourd’hui.  Alors, je zoome sur ces archives.  Gros titre : LE CRIME DU METRO.  Je zoome à nouveau sur la photo… c’est la mienne… mais ne le répétez pas…
 
-Florence, 4è A- d'après Le métro de Londres, Dolorès Marat

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26/02/2005

Ecrire l'histoire d'une photo

Tout a commencé le mercredi 8 janvier, jour J-1 avant mon anniversaire. Le bruit strident du réveil m’a tirée du sommeil. Après un passage obligatoire à la toilette, je me suis dirigée vers la boîte aux lettres et comme d’habitude, une multitude de factures m’y attendaient : l’électricité, j’avais 4 mois de retard sans oublier les intérêts; la régie des eaux, 180 euros à payer. Dans le tas, une enveloppe a attiré mon attention. Après l’avoir inspectée sous toutes les coutures, j’ai décidé de l’ouvrir, j’ai donc décacheté l’enveloppe avec délicatesse pour ne pas abîmer son contenu. A ma grande surprise, elle renfermait juste un bout de papier froissé et tout déchiré. J’ai pu y lire "dm1, 18H30, rue des coquelicots, 4 à Paris. Prends ton appareil photo". Il n’y avait pas de signature. Je restais perplexe : qui m’avait envoyé ça ? J’ai d’abord cru à un plaisantin. Subitement, une vague de panique s’est emparée de moi. Tout s’est embrouillé dans ma tête ; et si c’était l’œuvre d’un pervers, un de ces tarés, qui avait trouvé mon adresse en feuilletant l’annuaire et qui par le plus grand des hasards était tombé sur MOI, qui m’avait donné rendez-vous pour me violer, voire me tuer. Après quelques minutes, tout est devenu plus clair et j’ai pensé que c’était probablement une surprise de Joëlle, ma meilleure amie, pour mes 34 ans. Elle avait sûrement organisé une fête grandiose. Il n’était pas question de rater ça !
Jeudi 9 janvier, après une bonne nuit de sommeil, je pensais encore aux événements de la veille. Mon réveil indiquait 8H48, c’était sûr, j’allais encore être en retard au bureau. Je travaillais au journal La Dernière Heure en tant que journaliste. En ce moment, le rédacteur m’avait confié trois sujets d’article : la violence à l’école, la misère dans nos rues et les tenues tendance de cet été. Je me suis précipitée vers la salle de bain quand tout à coup le téléphone sonna, c’était maman, elle téléphonait pour me souhaiter un joyeux anniversaire. J’ai enfilé les premiers habits qui traînaient ; même si mon petit haut vert ne s’accordait pas vraiment avec la jupe marron que je portais, j’étais présentable.
Au bureau, Valérie, ma collègue de bureau m’a bien sûr signalé qu’il était 10H30 et que j’étais comme toujours en retard.  Je ne l’aime vraiment pas, je déteste les petits airs qu’elle prend pour me parler.  Sa situation ?  Elle est divorcée.  La plupart du temps, elle se lamente sans cesse sur son sort ; son mari est parti avec une "pin-up bien roulée" qui ne s’intéresse qu’au fric.  Il l’a laissée seule avec leurs trois enfants. Au travail, elle aime jouer le rôle du petit chef tyrannique.  Je travaille également avec Sylvain ; lui, malgré son attitude bizarre, est toujours sympa avec moi.  Le plus bizarre chez lui, c’est sa façon de s’habiller : aujourd’hui, il a une chemise à carreaux en flanelle rouge et un pantalon en velours vert sans oublier ses fétiches bretelles, il les porte tout le temps. Il a plus ou moins la trentaine, vit encore chez ses parents. Il s’occupe au journal des faits divers.
Je décide enfin de me mettre au travail et commence à écrire quelques lignes sur mon article, mais j’étais trop surexcitée à l’idée d’aller à la fête de Joëlle. Quand ma journée a été terminée, j’ai filé chez moi pour me laver et me changer ; même si personne n’avait émis de remarques sur ma tenue vestimentaire, je savais bien que ça n’allait pas !  Une fois à la maison, il était 17H30, j’ai choisi la plus belle de mes robes, je l’ai vite enfilée, elle faisait vraiment élégant. Passons au maquillage, une petit touche de ricil.  J’ai appelé un taxi. Il sera là dans deux minutes. Voilà, maintenant 15 minutes que j’attends ce maudit taxi. Je viens de rappeler la compagnie de taxi qui m’affirme avoir envoyé une de ses voitures. J’ai décidé de laisser tomber le taxi et de partir à pied, sinon j’allais être en retard. Munie de gants, d’un bonnet et d’un gros manteau fourré, j’ai donc décidé d’aller affronter le froid.  
Je n’étais pas très rassurée dans le noir, les rues étaient désertes. Les lampadaires n’éclairaient pas très fort et les voitures, à cause du gel, prenaient une teinte blanchâtre. La rue des Coquelicots était un quartier mal fréquenté de Paris. De plus, les trois quarts des faits divers que racontait Sylvain dans le journal étaient issus de cette région. Ce n’était pas très rassurant.
Ca y est, j’y étais, 4 rue des Coquelicots. Devant moi se dressait un immeuble blanc, un de ces vieux immeubles désaffectés qui servaient autrefois de hangars pour stocker les Chevrolet que l’usine Herbert Lafond fabriquait. Elle aussi est depuis lors tombée en ruine, depuis le décès de son fondateur : Herbert Lafond. L’entreprise était très connue dans la région. Sur la façade, on pouvait encore lire :"HERBERT LAFOND Fabrique de Chevrolet depuis 1916". Joëlle avait vraiment bien trouvé l’endroit, au moins il n’y aurait pas de problèmes avec les voisins, puisqu’il n’y en a pas. 
J’ai poussé la porte qui s’est ouverte sans difficulté. Mon appareil en main, j’étais prête à immortaliser l’instant, j’avais le doigt sur le déclencheur, j’étais persuadée qu’ils allaient surgir à un moment donné. A l’intérieur, il y avait un grand sas qui donnait sur une immense pièce qui servait sûrement d’atelier. Dans le bâtiment, il n’y avait pas de lumière ni de chauffage, c’était vraiment lugubre. Il y avait à gauche un escalier. J’ai décidé d’aller jeter un petit coup d’œil en haut. A l’étage, il y avait un hall avec une petite fenêtre de laquelle on pouvait voir le toit des maisons voisines et les voitures stationnées dans la rue. Il y avait aussi un long couloir qui aboutissait à une porte. Le trou de la serrure laissait passer un faisceau de lumière. C’était sûr, Joëlle n’avait sûrement pas organisé de fête en mon honneur. Je ne sais de qui était ce rendez-vous, mais je n’allais pas tarder à le savoir. C’était plus fort que moi, ma curiosité me poussait à aller voir derrière cette porte. D’un pas décidé, je marchai dans sa direction. La main sur la poignée d’un coup bref, je l’ouvris. Et là dans la pénombre de la nuit, malgré les velux qui permettaient à la lumière des lampadaires d’entrer dans la pièce, je vis un jeune garçon assis contre un mur. Il était recroquevillé sur lui-même, il avait vraiment l’air malheureux. Il avait une bière à côté de lui, il reflétait la misère. En répétant ce mot «MISERE » , j’ai repensé à l’article que je devais écrire sur la misère dans nos rues. Et d’un seul coup, mon doigt a immortalisé la scène. Le jeune garçon ne portait même pas de chaussures. Sans même le connaître, je me suis assise à côté de lui. Peu à peu, on a parlé. On s’est raconté nos vies, on a ri, on a pleuré, … Il se réfugie souvent ici car son père boit beaucoup et quand il boit trop, il devient violent. Après je lui ai proposé d’aller boire un chocolat chaud et il a accepté. Et pour ne pas le faire dormir sous les ponts, je lui ai proposé mon canapé. Depuis lors, il vit chez moi. Deux questions me hantent toujours: qui m’a envoyé ce petit bout de papier, qui a transformé ma vie ? quelle est la personne que je dois remercier du fond du cœur ?Peut-être le destin, qui sait…
 
-Anne-Céline, 4è B- d'après la photo La mauvaise adresse, Dolorès Marat
 
 
Je m’en souviens encore, j’avais 20ans et j’étais journaliste. Lors d’un reportage sur "les jeunes dans la rue", je me baladais dans les rues de New-York pendant la nuit. Je voulais trouver une personne qui corresponde au sujet que je voulais diffuser. J’ai trouvé, dans un squat, un homme qui « comatait ». Je l’ai photographié et, ébloui par le flash, il m’a regardé. Il était étonné et c’est là que je t’ai reconnu.
Je te connaissais depuis mon enfance. On s’était perdu de vue après notre adolescence mais je t’ai retrouvé là, au milieu du mois de mars, ton regard perdu dans tes pensées en raison de l’alcool, drogue…On a pris un café dans un bar vers une heure du matin, tu m’as raconté tes expériences, ta vie, tes émotions. Tu ne buvais pas. Tu m’as expliqué ton parcours, tes aventures, tes erreurs, les mauvaises personnes que tu connaissais, les mauvaises adresses où tu allais de temps en temps. Je te voyais fatigué et la nuit allait faire place à l’aurore. Tes habits étaient sales. Tu m’as confié que ça faisait des mois que tu ne dormais plus chez toi mais dans des squats ou dans la rue, "là où il y a de la place". Tu m’as décrit la misère des rues et des gens qui essaient de survivre dans des endroits où règnent la violence et la drogue. Tu n’avais plus de force et tes yeux se fermaient de plus en plus longtemps lorsque tu clignais des paupières. Je t’ai proposé de dormir quelque temps chez moi, à l’hôtel où je n’étais que de passage. Ce n’était pas luxueux mais chaud et protégé. Je ne devais repartir pour Los Angeles que dans un mois pour mon reportage.
1er jour. Tu as dormi jusque la fin d’après midi. Tu étais gêné mais avais meilleure mine. Tu as pris un bain et une dose. J’en avais déjà pris et je connaissais la sensation que ça procurait ; tu me semblais calme, apaisé et détendu. Tu as souri même. On a passé la journée ensemble et au fil des heures, je commençais à te reconnaître, ton humour et ton sourire n’avaient pas changé. Ca me rassurait de voir que malgré tout, je te connaissais. Tu as repris des pilules. Heureux tu étais. Je voulais que tu t’en sortes et je pense qu’au fond de toi, toi aussi voulais partir de cette ville, ne plus être dépendant et avoir une vie équilibrée. Je crois que te raconter ma vie te donnait de l’espoir et l’envie de te battre contre toi-même. Je ne voulais plus te voir dans l’état où je t’ai vu pour mon reportage. Je voulais que tu te promettes des choses à toi-même, et non sans illusions et sans avenir.
2ème jour. Tu as dormi toute la journée et je m’en souviens, j’en avais profité pour noter les idées confuses qui me venaient en vrac dans la tête. J’avais ce reportage vraiment à cœur depuis que je t’ai reconnu. Savoir que n’importe qui pouvait tomber dans la détresse et la pauvreté m’inquiétait. Je voulais dire à tout le monde de faire attention. La vie est si courte. 3ème jour. Tu t’étais levé très tôt ou tu n’étais pas venu dormir à l’hôtel. Tu n’étais pas là, tes affaires non plus. Je me suis inquiétée de ton absence vers la fin de la journée. Je me rappelle être retournée dans le squat où je tu avais vu mais tu n’y étais pas. Pendant une partie de la nuit, je t’ai cherché. 2 jours sans nouvelles.
Au bout du 3ème jour sans appel, je m’étais convaincue que tu étais parti parce que tu en avais marre de moi, que tu voulais retrouver ta vie, qu’il ne t’était rien arrivé. Mais je voulais te retrouver pour "être sûre". Et je t’ai retrouvé en effet. Sans vie. Couché à terre. "Overdose" m’ont affirmé les gens près de toi. Ils sont partis lorsque je me suis agenouillée à côté de toi, en fouillant presque. Les gens ont peur de la mort, ils la fuient. Overdose… c’est sûr, mais de quoi ? De drogue, c’est ce que tu as voulu faire croire. Je sais ce que c’est, je suis pas folle. Mais je pense qu’au fond de toi, tu as fait overdose de ta vie. La façon que tu avais de me raconter ta vie ne me laissait pas croire autre chose. Tu voulais la fuir cette vie. Tu as réussi, tu as retrouvé les étoiles.
Après ta mort je suis quand même retournée à Los Angeles, non sans mal, mais je voulais faire ce reportage pour toi. J’aime penser que tu es mort volontairement, que ton départ était voulu et non que c’était une erreur de calcul, de dosage. Eh bien ces deux semaines m’auront appris que nous sommes de passage et qu’il faut en profiter du mieux que l’on peut et à sa manière. Un mois plus tard, mon reportage est sorti dans les journaux. Ta photo était là et j’y avais décrit tout ce que tu m’as raconté et tout ce que j’ai vu ; de la détresse dans tes yeux et ceux des autres jusqu’à la volonté de s’en sortir même si quelquefois, c’est trop tard. On pouvait voir en petits imprimés : "Je remercie Théo qui, depuis fin mars, n’est plus de ce monde et a rejoint les étoiles. Sans lui et sans son témoignage, ce reportage n’aurait pas été le même. Merci à toi Théo".  J’espère avoir touché le monde, comme celui où vivait Théo, afin que leurs amis ne soient pas obligés de leur écrire, à leur tour, une lettre d’adieu.Voilà je t’ai tout dit. Ou plutôt tout écrit de notre dernière rencontre.
Je suis là maintenant devant ta tombe. Je dépose ma lettre contre un pot de fleurs à côté de ta photo. Lis-la ; j’espère qu’elle te touchera. J’avais besoin de t’écrire pour la dernière fois pour que tu saches que tu seras, à jamais, dans mon cœur. Je garde la seule photo que j’ai eue de toi. Je t’embrasse. Ton amie d’enfance.
 
-Céline, 4è B- à partir de la photo La mauvaise adresse, Dolorès Marat

Je le connaissais, je le connaissais très bien ! C'était la personne la plus importante à mes yeux. Celui avec qui je courais, je chantais, je dansais... entre lui et moi, il n'y avait pas besoin de beaucoup de dialogue pour se comprendre... il suffisait de se regarder dans les yeux pour atteindre les pensées de l'autre...
On adorait la nature, surtout lui. Il disait souvent que la plus jolie chose qu'il puisse y avoir sur terre, c'etait l'herbe car l'herbe est innocente, elle n'est victime de rien, elle est pure. Du coup, à chaque occasion, nous en profitions pour ne pas la laisser seule. On s'y installait des heures et des heures, on se racontait notre journée, on se rappelait aussi nos souvenirs d'enfance.
Le plus important pour nous deux, c'était d'être le plus longtemps ensemble ; parfois on se parlait tellement qu'on se retrouvait à la belle étoile sans s'en apercevoir. Je savais qu'il avait de très gros ennuis, qu'il faisait de grosses bêtises mais quand je le voyais, c'était comme s'il n'avait jamais rien fait de mal. C'est d'ailleurs pour cela que j'avais du mal à lui parler sérieusement de ses conneries.
Un jour, il est venu chez moi, nous avons parlé... et tout à coup, il m'a dit qu'il allait se marier !!! Ca m'a fait un choc. Mes larmes voulaient sortir le plus vite possible, elles n'en pouvaient plus. Cela voulait dire que je devrais accepter sa femme, ses gosses ? Je n'en croyais pas mes oreilles. Tout cela était impossible. Pourquoi ça tombait sur lui, pourquoi ? D'un côté, j'ai pensé que si ça le rendait heureux, pourquoi pas ?  A la limite, s'il aimait vraiment sa future femme, peut-être qu'elle pourrait l'aider. C'est du moins tout ce que j'espérais.
Au fur et à mesure des jours, des mois, des années... je me suis rendu compte que ce n'était plus la même personne qui me faisait rire, qui me donnait du bonheur, tout cela maintenant c'était fini.
Moi qui pensais l'avoir aidé, je lui faisais confiance, je lui ai proposé plein de fois de l'aider, mais tout cela n'a servi à rien, strictement à rien.
Il commençait à faire sa vie et moi la mienne. Il pensait remplir sa vie de bonheur.  Après des mois et des années sans nouvelles, j'ai enfin compris qu'il était temps de ne plus me faire de souci. J'étais complètement sans nouvelles.
A quoi cela me servait-il de remplir mon coeur de larmes si personne ne pouvait le savoir ?C'était décidé, j'essayais de l'oublier... jusqu'au jour où j'ai vu sa photo qui se trouvait dans la gazette avec la légende suivante : La mauvaise adresse.
C'était marqué dans le télézoonen : on y expliquait que les SDF étaient de plus en plus nombreux à envahir nos rues. J'ai ressenti comme une bulle d'air dans l'estomac qui appelait à l'aide pour en sortir, mes larmes perlèrent, aussi grosses que le jour où il m'avait annoncé son futur mariage.
J'ai revu toutes les images passées ensemble qui défilaient dans ma tête en un quart de seconde. J'étais paniquée, je m'en voulais, même si je ne devais pas.
Moi qui le voyais avec plein d'enthousiasme, plein d'entrain, j'aurais pensé qu'il se sortirait de toutes ses emmerdes. C'est grâce à ce journal que j'ai eu de ses nouvelles. C'est là-dedans que j'ai appris aussi qu'il sombrait dans l'alcool et la drogue nuit et jour et que son seul chez soi, c'était le parking sur la photo où il mendiait.
J'avais besoin de l'écrire pour me libérer de tout ce chagrin qui m'a poursuivie depuis plusieurs années.
Maintenant, tout ce que je peux en dire, c'est qu'il n'aura jamais fini ses conneries. Il restera toujours comme un adolescent qui cherche à se faire voir et entendre en faisant des idioties !
 
-Laëtitia, 4è B-, d'après la photo La mauvaise adresse, Dolorès Marat
 

Le voyez-vous, ce jeune homme ? Il se nomme Nicolas Livida. Voilà 17 ans que ses parents lui ont donné la vie puis abandonné. n Il a une histoire, une histoire bien à lui que je me ferai une joie de vous raconter mais tout d’abord, laissez-moi me présenter !  Mon nom est Chloé Taram, photographe à mes heures perdues. J’ai rencontré ce jeune homme, adossé au mur, une bouteille posée à côté de lui. Quand je suis passée près de lui, j’ai ressenti une tristesse, un profond désarroi qui s’échappait de lui, un tel désarroi que je n’ai pu qu’immortaliser l’instant, l’instant de détresse, la détresse de 17 années. Je me suis assise à côté de lui, comme poussée par une force invisible qui me disait tout bas : « Parle-lui, il a des choses à t’apprendre ». Alors, je me suis assise et lui ai parlé. Il m’a donc raconté son histoire…Nicolas est né le 17 septembre 1987. C’est un mois plus tard qu’il est abandonné et trouvé devant la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Il n’avait que quelques vêtements et un petit papier sur lequel on pouvait lire son prénom, sa date de naissance et le nom d’un hôpital : « Les Capucines ». Il a été placé, tout petit, dans le foyer d’un couple qui n’arrivait pas à avoir d’enfant. Dès que M et Mme Livida virent ce petit être seul, sans défense, ils décidèrent de faire toutes les démarches nécessaires pour que cet enfant devienne le leur. Deux mois plus tard, le petit Nicolas avait une famille et un nom.
Dix-sept années s’écoulèrent sans que Nicolas ne se doute de quelque chose. Lorsque son 17ème anniversaire arriva, les Livida décidèrent de tout lui raconter. Quelques jours après, Nicolas partait à la recherche de ses parents biologiques. Il avait des milliers de questions à leur poser : « Pourquoi avoir attendu un mois avant de l’abandonner ?  Pourquoi l’avoir abandonné ? »  Il se rendit dans les hôpitaux, les communes à la recherche d’une trace, de quelque chose qui lui permettrait de poursuivre ses recherches. En vain… Personne ne connaissait l’hôpital « Les Capucines ». Au moment où il commençait à perdre espoir, il apprit que l’hôpital « Les Capucines » se trouvait à St Tropez. Nicolas n’hésita pas un instant, il prit le train pour St-Tropez. Arrivé là-bas, il loua une chambre et attendit quelques jours avant de commencer ses recherches. Il prit alors son courage à deux mains et se rendit à l’hôpital.Là, il n’apprit rien de plus qu’à son arrivée. Le médecin lui promit pourtant de chercher. C’est alors qu’au moment où il s’apprêtait à sortir qu’une vieille infirmière l’appela et lui demanda :
- Tu es né en 1987 ? 
- Oui  répondit Nicolas.
- Le 17 ? lui demanda-t-elle, insistante.
- Oui !! Mais comment le savez-vous ? la questionna-t-il.
- Je me souviens de toi ! Comment aurais-je pu oublier ? J’étais de garde ce soir-là ! Mais viens donc, allons boire un verre, je vais te raconter.
La vieille infirmière l’emmena au café de la plage et lui raconta :
- Ce jour-là, le 17 septembre 1987, je travaillais. Le docteur n’était pas là et une jeune fille, de 18 ans à peine, arriva. Elle était accompagnée de son père. Elle s’appelait Célia Fidja et était sur le point d’accoucher. C’était la première fois que je mettais un enfant au monde, je n’aurais pu oublier. Ta mère t’a mis au monde à 11h17, je n’oublierai jamais cet instant. Quelques jours plus tard, ta mère sortit de l’hôpital avec toi. Ce que je n’ai jamais compris, c’est que ton dossier ait disparu. Je ne sais rien de plus, je n’ai jamais plus eu de ses nouvelles. 
- Merci beaucoup, lui dit Nicolas.
Il rentra alors chez lui. Quelques jours plus tard, il se rendit à la commune de St-Tropez et rechercha Célia Fidja. Il trouva son adresse : 3 rue de la Plage. Nicolas attendit une semaine avant de se décider et de s’y rendre. Qu’allait-il lui dire ? Il avait peur et doutait.  Malheureusement, quand il arriva, la maison venait d’être vidée. Célia venait de déménager ou peut-être était-ce une mauvaise adresse !!!

-Aurélie, 4è B- d'après la photo La mauvaise adresse, Dolorès Marat

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Le jour d’après.
Depuis ce jour, j’erre dans les rues de Paris avec un manque inqualifiable. En fait, je ne me suis pas présentée, je m’appelle Dolorès, j’ai 32 ans, je suis photographe et j’ai perdu ma meilleure amie lors d’un reportage-photo au sud-est de l’Asie. Je marche donc dans les rues de Paris, Paris cette ville magnifique surnommée, à juste titre, « la ville lumière », si calme et si active à la fois. Quand je suis rentrée dans ce café, Le café des Goëlands, j’avoue que si je n’avais pas été au bord de la déshydratation, je n’y serais pas restée.  J’avais l’impression d’être l’intruse, tout le monde avait l’air de bien se connaître. Le barman passait plus de temps à discuter avec les clients qu’à les servir. Je m’assis dans le coin et pris patience avec le serveur, il me regardait du coin de l’œil mais se moquait totalement de savoir si j’avais soif ou si je voulais simplement le regarder travailler ; je sais, je suis journaliste, tout devrait m’intéresser mais un barman fainéant, j’en ai trop l’habitude.  Enfin le barman répondit à un de mes signes et se décida à venir, là encore je serais bien partie mais dans ce coin de Paris, c’était le seul café.
- Bonjour, bon, je lui sers quoi à cette p’tite dame ?
- Hum, un verre de cola, s’il vous plait.
- Avec ou sans glace ?
- Avec glace.
Je voulais lui demander aussi avec du citron mais en imaginant sa réaction, je n’ai pas voulu me faire exclure encore plus.  Je jetai un coup d’œil tout au tour de moi, là encore que des trucs moches et sans intérêt. Sauf cette image accrochée sur le mur qui eut le mérite de m’interpeller. Je pris instinctivement mon appareil photo, comme j’ai l’habitude de le faire dans mon métier. Je trouvais cette fresque intrigante car elle me rappelait quelque chose…Je pris donc mon appareil et fis la photo mais le flash m’a subitement remémoré des moments tragiques de mon éxistence.  Des sortes de flash-backs me revenaient en tête, me rappelant la mort de mon amie et de milliers de personnes : une vague de 15 mètres de haut mais d’une vitesse de plus de 300 km/h faisant, sur son passage, des milliers de morts et n’épargnant ni enfants, ni parents, ni habitations. Heureusement j’ai vu arriver la vague et j’ai pu me mettre à l’abri. 
Entretemps mon cola devait être en cours de fabrication, je pris donc le temps de faire plusieurs photos et d’écrire un petit article sur ce café maudits où les gens semblent être enfermés à tout jamais.  Après avoir bu mon cola sans glaçons, je me décidai à partir avec les souvenirs d’horreur qui revenaient me hanter. Allaient-ils me hanter jusqu'à la fin de mes jours ? Je ne sais pas, mais ce qui est sûr, c’est que je reviendrais tous les jours dans ce café maudit.
 
-Jérôme et Sadry-, 4è A- à partir de la photo Le café des Goëlands, Dolorès Marat

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24/02/2005

Ecrire l'histoire d'une photo

Deux anges inoubliables
 
La journée touchait à sa fin et je n’avais rien à raconter. J’avais l’impression d’avoir perdu du temps et que ce séjour commençait à me lasser.
Sam, qui m’accompagnait ne supportait pas de me voir triste et découragée. Il me prit par la main et m’emmena. Nous traversâmes la vieille ville, les ruines du monastère. Nous empruntâmes des chemins caillouteusx et déserts. Je sentais mon coeur battre dans cette course folle.  Et puis, il s’arrêta brusquement et me demanda de fermer les yeux. Il me guidait à travers une végétation qui m‘effleurait le visage et le corps. Effrayée mais excitée, je me laissais conduire. Au bout d’un moment, plus rien, je ressentais le vide autour de moi.
On s’arrêta. J’ouvris les yeux et je vis s’élever devant moi cette colline de sable et de pierres, majestueuse, surmontée de deux anges blancs aux ailes d’or. Le coucher du soleil rehaussait la beauté des lieux. Je devais garder cet endroit en mémoire. Je pris mon appareil sans hésiter et en tirai un cliché.  Lorsque mon oeil fixa l’objectif, je sentis monter en moi, un frisson, un malaise et je partis dans mes rêves le temps de la prise.
Qui sont ces deux anges qui déchirent le ciel du haut de cette pyramide ?  Peut-être se sont-ils aimés par le passé d’une passion dévorante puis déchirés d’une façon violente et enfin retrouvés, dans l’autre monde où l’amour éternel les a réunis à jamais ? Sont-ils aujourd’hui les témoins de l’Amour ? Ils nous guident, nous épient et sont sans cesse à nos côtés. Ils nous soufflent leur amour.
A nous de le respirer et de le répandre là où la haine, la violence et la folie font rage. Ils protègent le monde, témoignent de leur amour mais certains les ignorent, les haïssent et leur tournent le dos. Notre terre est en danger, eux seuls peuvent nous sauver. Ouvrons notre coeur, apprenons à aimer celui qui nous appelle, qui a besoin de nous et qui nous regarde avec les yeux de ces anges.
Depuis notre naissance, ils sont présents à chaque instant et dans tous les moments intenses de notre vie : nos joies, nos pleurs, nos rires, nos peines qui malgré tout nous rendent heureux. Deux êtres magnifiques qui donnent sans rien attendre en retour.
Nous avons chacun nos anges ; toi, moi, le monde !
Mais qui sont-ils vraiment pour nous aimer à ce point ?
Adorables, fragiles, et tellement compréhensifs, je crois bien que je ne leur dirai jamais assez combien je les aime, combien ils comptent pour moi et que la plus grande place dans mon coeur leur est réservée. Je les admire car ils sont toujours disponibles pour moi, pour toi, pour nous.
Tu vois cette belle silhouette avec son beau sourire au loin là-haut, ce bel ange…, c’est ma mère et l’autre à côté qui la regarde avec tant de lumière dans les yeux, eh bien c’est mon père.
Alors, regarde toi aussi, les vois-tu ? Sache que quel que soit l’endroit où ils se trouvent, sur terre ou au ciel, ils te regardent et continuent à te donner autant d’amour. Voici un secret que je voudrais partager !
Sam me ramena à la réalité. Je refermai mon appareil. La nuit venait de tomber.
 
-Lorie, 4èA-, d'après la photo Les anges, Dolorès Marat


Le soleil vient de se coucher…voilà que les étoiles font déjà leur apparition.
Je suis seule aujourd’hui, mais la solitude n’est pas un choix… elle résulte de la perte tragique de mon mari. Il est décédé dans un accident de voiture voilà de cela une dizaine d’années. Nous avions le projet de fonder une famille mais la mort l’a volé à moi et nous a privés de ce rêve. J’habite en Martinique. En été les touristes arrivent en masse pour se dorer au soleil ; les enfants s’amusent sur le sable chaud ou vont se rafraîchir. Notre maison n’était pas une grande demeure mais assez grande et spacieuse pour une famille de trois enfants. Il y a un an ou deux, j’avais pris la décision de déménager en Bretagne pour oublier le passé et recommencer une nouvelle vie, mais je n’ai pas eu le courage… c’est ici même que j’ai rencontré David et je ne voulais pas abandonner tout cela derrière moi.
Au fil des ans, je me suis habituée peu à peu à vivre seule, enfin plus tout à fait… j’ai fait dernièrement la rencontre d’un jeune avocat. Il est passionné de coquillages, il m’a déjà montré une partie de sa collection, moi qui pensais qu’ils se ressemblaient tous… j'ai été agréablement surprise qu’il en existe autant de différents.
Que la journée m’a semblé bien longue aujourd’hui au bureau, le patron n’arrêtait pas de demander les dossiers à traiter… Il est déjà 22.30, je ne devrais pas trop tarder parce que demain c’est reparti, surtout que Monsieur part en réunion : qui va encore tout se taper ?? La bonniche d’ Anne ! Enfin, bon, j’aime bien ce métier.
7.30… le réveil sonne… Me voilà prête pour une nouvelle journée… je prends ma douche et puis je vais travailler même si l’envie n’y est pas mais courage, encore trois jours et après le week-end !!! Tiens le facteur est passé et je ne l’ai même pas entendu. Une lettre de Angelo Cielo (mon ami)
"Chère Anne,  je te demande pardon si je ne t’ai pas donné de nouvelles, je suis en voyage d’affaires, je t’appelle à mon retour. J’espère que tout va pour le mieux pour toi, je suis impatient de te revoir j’ai des choses importantes à te dire… Très cordialement, Angelo".
Il n’a jamais été très bavard… ça m’étonne de lui d’ailleurs mais de quoi doit-il me parler ? Aurait-il fait une rencontre ? Ou encore trouvé de nouveaux coquillages ?
Voilà déjà une semaine écoulée, elle est passée si rapidement que je n’ai pas eu le temps de me reposer une seule seconde. Le téléphone sonne. Qui cela peut-il bien être à 21.30 ? Peut-être une erreur.
- Bonsoir
- Bonsoir Anne, c’est moi Angelo.
- Ah quelle surprise ! Comment vas-tu ? Es-tu rentré de ton voyage d’affaires ?
- Oui ce soir même, je voulais te fixer un rendez-vous si cela ne te dérange pas…
- Non du tout, quand ?
- Demain soir, rejoins-moi près de la colline où on s’est rencontrés.
- Ok, vers 18.30 comme d’habitude ?
- Oui, c’est pas grave j’espère…
- Non ne t’inquiète pas…
- A demain sans faute alors, bonne soirée.
Je suis tout de même curieuse de savoir ce qu’il a de si important à me dire, ce n’est pas son habitude de me laisser une surprise…
Me voilà enfin de retour du travail, je vais manger un morceau avant de me laver, parce que le temps passe plus vite que l’on pense parfois… Je ne sais pas quoi porter ce soir, il y a du vent, je vais peut-être porter ma veste noire.
Me voilà arrivée ; comme toujours, il est à l’avance…
- Bonsoir, merci d’être venue…
- Bonsoir, il n’y a pas de quoi ; alors, qu’est-ce qu’il y a de si important ?
- Suis-moi… je dois te dire quelque chose…
Je le suivis dans une confiance aveugle, il nous amenait vers une dune… l’eau de la mer s'étendait à perte de vue tout autour. Nous l’escaladons donc… Arrivé au somment, il me prit la main.
- Ferme les yeux et regarde vers le ciel…
- Je dois fermer les yeux et regarder le ciel maintenant… tu me sembles bien étrange dis-moi…
- Fais-le s’il te plait…
Je lui obéis sans riposter… j’ouvris les yeux après une minute pour savoir ce qu’il mijotait encore quand soudain une lumière blanche m’aveugla presque.
- Anne, je dois t’avouer quelque chose que j’aurais dû te dire depuis pas mal de temps…
- Qui êtes-vous ? Où est passé Angelo ?
- C’est moi, n’aie pas peur… je suis…
- Ne jouez pas avec moi, qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi ai-je l’impression de vous voir voler ?
- Ceci n’est pas une illusion… je suis un ange…
- Vous, un ange ? Prouvez-le moi !!! Puis ça n’existe pas les anges, je n’y crois plus depuis…
- Depuis que votre époux est décédé, vous avez renoncé à croire en nous…
- Comment savez-vous cela ? D’ailleurs comment pouvez-vous dire que j’ai perdu mon mari ? - Nous savons tout de vous… j’ai une surprise pour vous… fermez à nouveau les yeux
Ne comprenant pas du tout ce qui m’arrive, je lui obéis sans me poser de questions ; que pouvait-il m’arriver de bien pire ?
- Chéri comment vas-tu ?
- David ??
J’ouvris les yeux et c’est là que je sentis la présence de David, sa voix, ses bras autour de ma taille. J’ai l’impression de vivre un rêve.
- Comment, comment es-tu arrivé là ? Qui est cet homme qui t’accompagne ?
- Ne t’affole pas mon cœur, ce n’est que mon ami Angelo, il a veillé sur toi depuis mon départ… je ne pouvais pas revenir même si j’en avais eu le pouvoir… il était trop tôt. Je suis venu te dire qu’une nouvelle vie t’attend, ne baisse pas les bras, sache que quoi qu’il arrive, je serai toujours là pour toi.
- Je sais mais je suis encore attachée à toi, il m’est impossible de t’oublier.
- Ne t’inquiète pas on sera de nouveau ensemble un jour… il est temps que je parte maintenant. Je t’aime, ne l’oublie pas…
- Non, reviens, ne me laisse pas encore seule… quand vais-je pouvoir te revoir ?
- Bientôt… bientôt…
Je regarde alors le ciel azur perlé d’étoiles, je sens sur mon visage une larme couler qui vient s’écraser sur le sol… me voilà seule sur la plage éloignée de la dune et je pouvais apercevoir de loin la silhouette de deux anges qui n’étaient nuls autres que David et Angelo…
Je suis au lit, je ne parviens toujours pas à savoir si j’ai rêvé ou non… je trouve cela étrange, peut-être est-ce un rêve, demain je me réveillerai…
 
-Cinzia et Sabrina-, 4è A-, d'après la photo Les anges, Dolorès Marat
 

Les anges, je n’y ai jamais cru. Pour moi, ce n’était encore qu’une de ces légendes que les hommes avaient inventées pour se rassurer dans leur existence.  Jusqu’au jour où j’ai eu la preuve que ces messagers d’espoir existaient.
C’était en fin d’après-midi, je me promenais le long de la côte, profitant du calme quand soudain je les aperçus, tous les deux main dans la main, debout sur leur butte qui surplombait l’océan. Au début, je crus à une hallucination car toute ma vie avait été basée sur le réel et non sur je ne sais quels mythes ou légendes.  Mais en les observant plus intensément, je compris l’évidence même que les anges existaient.  Je regrettais de ne pas avoir mon appareil photo sur moi afin d’immortaliser cet instant magique.  Mon Dieu !  Et si jamais l’occasion ne se représentais plus jamais ?  Je rentrai donc chez moi avec un vide que je ne m’expliquais pas.  C’est alors que je pris la décision d’y retourner dès le lendemain afin de, non seulement les prendre en photo, mais aussi les observer pour comprendre la raison de leur étrange apparition.
Je n’avais pas fermé l’œil de la nuit à cause de l’excitation qui régnait en moi, le genre d’excitation qui survient à l’approche d’un grand événement.  Vers treize heures, je me mis en route, je refis les mêmes pas le long de la côte et bien que le temps était gris et froid, il n’entamait en rien mon enthousiasme.  Après quelques minutes de marche, je me retrouvai de nouveau devant la butte qui surplombait l’océan.  Mais quelque chose manquait : mes deux anges.  La déception et la tristesse prirent vite la place de mon enthousiasme.  Mais une note d’espoir persistait et je m’installai donc dans l’attente de leur venue.  Vers dix-sept heures, un phénomène étrange attira mon attention : une allée de lumière se frayait un chemin à travers le gris du ciel.  Je compris quelques minutes plus tard que cette allée m’annonçait la venue de mes anges.  Très vite une chaleur m’envahit.  Ils étaient encore plus beaux que la veille. Bien qu’ils me tournaient le dos, ils dégageaient « la » beauté qui ne se trouve nulle part ailleurs.
Je pris mon matériel de photographe avec soin et j’entrepris de l’installer à un endroit bien précis de façon à pouvoir les capturer.  Une fois l’endroit choisi, il ne me restait plus qu’à faire appel à mon professionnalisme.  Après avoir actionné le déclencheur, je vis le flash caresser les deux êtres qui me fascinaient depuis deux jours et c’est alors que je compris qu’il ne fallait pas avoir peur de partir vers cet ailleurs dont ils étaient les gardiens, car des êtres aussi parfaits ne peuvent pas détenir les clés de l’enfer.  Puis tout devint flou et seules quelques bribes de paroles parvinrent à mon oreille.  La voix était douce et bienveillante.  Cette voix me disait que l’espoir du monde résidait en nos rêves et que nos larmes sont le début de l’océan de notre vie.  Après ces dernières paroles, la voix s’estompa avant de disparaître complètement.  J'entrouvris lentement les yeux mais je ne reconnus pas tout de suite l’endroit où je me trouvais. Puis je sentis le froid sur ma peau et la morsure du vent. En réalité je m’étais endormie sur le bord de la côte…et tout n’était qu’un rêve.  J’entrepris fébrilement de me relever et je rentrai chez moi encore plus vide et plus perdue qu’au début de mon rêve.
Trois jours plus tard, j’étais enfermée dans mon labo quand une photo m’interpella. C’était la côte, ou plus précisément la butte qui surplombait l’océan, et sur cette même butte mes deux anges, debout main dans la main…
 
-Camélia, 4è B-, d'après la photo Les anges, Dolorès Marat

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C’était un dimanche. Je n’avais rien à faire à la maison. Je m’étais donc décidée à faire des photographies.
Je me promène, j’observe ce qu’il se passe autour de moi… mais rien. L’inspiration me manquait ce jour-là. J’avais beau me force, je ne trouvais rien, rien, rien ! Je désespérais un peu. J’avais même envie de laisser tomber et d’arrêter la photographie à tout jamais.
Déçue, je me dirige vers l’arrêt du métro pour rentrer chez moi, sans photo. Et puis, un sujet est venu de lui-même à moi.
J’installe rapidement le pied de mon appareil. Je règle le plus vite possible le diaphragme, la vitesse et la mise au point. Il ne fallait surtout pas que cette photo soit ratée, floue, surexposée ou sous-exposée,…Je la voulais parfaite, mais je devais faire vite car il s’agissait d’un couple de jeunes gens qui s’embrassaient. Cela pourrait paraître banal. Mais ce qui était original, c’était l’endroit.
En effet, pour s’embrasser, il faut un lieu romantique, intime. Et là, c’était tout le contraire. Habituellement, on ne s’embrasse pas quand on prend le métro. On court, on se dépêche,…Tout le monde se déplace. Et eux, ils s’arrêtent. Leur amour est si fort qu’ils ne font attention ni à moi, ni aux passants curieux. D’ailleurs, ces derniers me regardent et se demandent pourquoi je photographie ce couple, sans vergogne.
Bien sûr, après avoir tiré quelques photos, j’ai bien veillé à demander l’autorisation de ces deux personnes. C’était leur droit de refuser. Heureusement pour moi, ils ont trouvé l’idée géniale. Ils ont accepté que je développe mes images et même que je les expose publiquement.
Ce dimanche-là, j’étais heureuse. Je savais enfin que l’art photographique m’appelait. J’avais ce don en moi. Et il fallait que je l’exploite. Mais pour réussir dans ce genre de métier, il faut surtout le vouloir du fond du cœur. Tout comme le couple était tombé amoureux l’un de l’autre, j’étais tombé amoureuse de la photographie...
 
-Giovanna, 4è A- à partir de la photo Le baiser dans le métro, Dolorès Marat
 

Me voici dans le métro de Paris, mon appareil photo dans ma sacoche, je ne sors jamais sans! Je suis, comme toujours, à la recherche d’une photo unique à ajouter dans mon palmarès, et comme je suis plutôt de bonne humeur en cette fin d’après-midi, je voudrais en prendre une qui laisserait passer de l’amour, car je crois que c’est l’un des rares sentiments qui nous rendent joyeux.
Je suis dans ce métro depuis une demi-heure, je m’arrête, devant moi s’embrassent un homme et une femme, tandis que les Parisiens passent à côté d’eux sans y prêter attention. Ils ont l’air d’être dans leur monde, un monde rempli d’amour et de paix, tout en oubliant la réalité. Je la tiens ma photo ! Je sors vite mon appareil de ma sacoche, je vérifie qu’il y a encore de la place sur ma pellicule, ça serait bête de rater une photo comme celle-là ! Je choisis une vitesse d’obturation lente pour donner un effet de flou aux passants et pouvoir détacher le couple de ce monde. Je cadre, je déclenche. Je reste quelques secondes en admiration devant cette image de deux êtres unis par l’amour. Peu après, la fille s’en va en laissant son amant seul. Je vais lui parler, je dois bien avouer que je suis très curieuse, je me fais passer pour une journaliste chroniqueuse d’une rubrique sur l’amour dans un très célèbre magazine. Je lui demande de me raconter sa rencontre avec elle. Ouf, il me croit bien journaliste ! Voici son histoire, cet instant passé avec elle et sa rencontre : «Voilà, elle est enfin mienne. Elle, si belle, avec ses yeux bleus comme le ciel, ils ont réussi à devenir des sabres et à transpercer mon armure pour atteindre mon cœur, avec ses cheveux, blonds comme le champ de blé et ses lèvres si pulpeuses que lorsqu’on les aperçoit, on a envie de les embrasser. Je ne regretterai jamais d’avoir pris le métro en sortant des cours un vendredi soir au lieu d’aller m’amuser avec mes amis. Du premier coup d’œil je l’ai vue, ses yeux m’ont paru comme deux petits bouts de ciel bleu dans la grisette du métro. Je l’ai regardée, elle m’a regardé, on s’est contemplés quelques secondes mais cela m’a semblé des heures. Dès ces quelques secondes passées à me noyer dans ses yeux, je me suis mis à penser à elle jour et nuit ; une seule fois mais cela durait vingt-quatre heures. Je reprenais le métro comme à mon habitude dans l’espoir de la revoir, mais elle n’était plus jamais là. J’ai commencé à désespérer jusqu’à aujourd’hui où je l’ai vue rentrer chez elle. Son appartement se trouvait tout près du mien, j’ai foncé, je l’ai prise par la main, elle s’est retournée, une étoile brillait dans ses yeux et illuminait la froide nuit de Paris. Je lui ai proposé de prendre un verre, elle a accepté, j’etais fou de joie. Nous avons repris le métro, elle était à mes côtés. J’ai passé une très bonne soirée avec elle et il y a un instant, sur le quai du métro en sa compagnie, elle s’est retournée et m’a embrassé tandis que les passants ne nous regardaient même pas, ils semblent ignorer l’amour dans ce monde remplit de tristesse, moi je me suis retrouvé dans un autre rempli de paix et d’amour. Et lorsque je suis revenu à la réalité, ses lèvres se sont détachées des miennes, ce baiser à duré quelques secondes, mais il m’a pourtant paru durer de longues minutes. Elle m’a dit au revoir. Et vous êtes venue me parler ; si je vous ai raconté cette histoire, c’est juste pour soulager mon cœur, mais je ne vous crois nullement journaliste ! J’espère juste la revoir car je ne lui ai même pas demandé son numéro, mais il me suffira d’aller la chercher à son appartement, pour continuer à revivre ces instants de pur bonheur».  Je suis une très grande émotive, j’adore les histoires d’amour, j’ai versé une larme. Ayant abreuvé ma curiosité, même s’il ne m’avait pas crue, je laisse ce garçon tranquille et je retourne chez moi pour développer ma photo en espérant qu’elle soit réussie. Moi aussi je prends le métro pour retourner chez moi, lorsque je t’ai aperçu…
 
-Vincent, 4è A- d'après la photo Le baiser dans le métro, Dolorès Marat

20:51 Écrit par trace | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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Tout près des étoiles !
J’y suis !
Ca y est !
Après tant d’années, c’est moi qui y suis !
J’ai longtemps été mis à l’écart a cause de mon âge. Trop vieux me disaient les gens. Ce soir je ne suis trop vieux pour personne.
J’ai trouvé ma place.
Je me balance entre le sol et les étoiles. Je ne me suis jamais senti aussi bien.
La tension est à son comble.
La salle est pleine…
C’est la première et de nombreux invités sont présents dans la salle.
Au premier rang sont installés des photographes, leur doigt sur le déclencheur, à l’affût du moindre mouvement exceptionnel, tels des chasseurs à l’affût du gibier.
Derrière eux, de nombreux spectateurs attentifs. Il y en a de tous âges, mais moi je ne les vois pas. Je suis trop concentré pour cela.
J’accélère ou plutôt je laisse la vitesse m’emporter.
Deux aller–retour et c’est parti.
Accroché à moi, mon partenaire s’envole avec majesté.
Les yeux écarquillés, la bouche grand ouverte, le public retient son souffle et, suit d’un simple mouvement de tête la trajectoire du voltigeur.
Les lumières sont braquées sur nous.
Je sens ses mains, elles sont solides, détendues et confiantes.
Son corps se cambre, ses jambes montent, il se concentre et c’est le saut…
Un court instant de séparation et me voilà de nouveau lié à lui.
Encore une fois, ses mains se sont posées sur moi et sa confiance a été telle qu’il n’a pas eu besoin de me regarder pour savoir que j’étais là.
C’est le triomphe !!!I
l a réussi !
Tout le monde applaudit et les flashes crépitent pour immortaliser cet instant magique.
Je partage avec lui ce délicieux moment d’extase.
Il a cru en moi et mon âge l’a mis en confiance. Il savait que je n’avais jamais failli et que ce soir encore, je serais là, solide et ponctuel.
Une corde s’approche de lui, il l’empoigne et son corps agile glisse lentement contre elle tel un serpent.
Je le regarde s’éloigner.
Pour moi, la soirée s’arrête ici.
Des techniciens me tirent hors de vue des spectateurs et me rangent dans la caisse à trapèze. Je ne ressortirai que demain, même heure, même place, même crochet.
 
-Julien P, 4è A- d'après la photo Les applaudissements, Dolorès Marat

20:26 Écrit par trace | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

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« Là, j’étais là et pourtant je ne pouvais rien y faire »
Je vous raconte : je m’appelle Shirley, j’avais alors 19 ans, un enfant et je ne travaillais pas. Mon fiancé s’appelait Marc et il travaillait dans une industrie textile proche de Lyon, comme
« technicien de surface ». Nous vivions dans une cité où les immeubles étaient assez vétustes, si vous voyez ce que je veux dire !
Le 20 décembre 1992, un homme au look on ne peut plus original et à l’air pas très rassurant, arriva chez nous. Il était habillé d’un chapeau blanc, d’une veste noire et d’un pantalon en jeans, le tout recouvert d’un ciré jaune, comme quoi même si on a de l’argent, il faut avoir du goût pour ne pas paraître bête ! Il avait avec lui un tas d’enveloppes, un nombre incalculable d’enveloppes, toutes pareilles. Il me tendit l’une d’elles et poursuivit son chemin. Il faisait ainsi tous les étages de notre immeuble.  A l’époque, je ne savais ni lire ni écrire, j’étais comme dirait ma tante, une délinquante ! Je posai alors la lettre sur le coin de la table et attendis que Marc fut rentré.
22h00, Marc rentrait enfin, je lui tendis la lettre et attendis de voir sa réaction. Cette lettre me semblait bizarre et l’homme qui me l’avait apportée encore plus. Soudain, le sourire de Marc s’estompa et il m’expliqua : « On a quatre mois pour partir, ils vont faire exploser l’immeuble ! » Rien de plus direct me direz-vous ! C’était une habitude chez lui ! Vous ne pouvez pas comprendre le sentiment que je vivais en cet instant, je vivais là depuis que je suis née, tout mon passé reposait dans cet appartement, cette cité était un peu comme une grande famille pour moi.Marc dit alors : « les ordres sont les ordres, on n'a plus qu’à la fermer, nous, les gamins de cité ! » C’est vrai, nous les gens des cités on n'a pas assez de moyens pour se battre alors on s’écrase ! Cet immeuble était le mien et je voulais en garder un souvenir ou tout au moins une vague idée ! Même si mon histoire n’était pas très différente de celle de toutes les femmes du quartier, c’était la mienne malgré tout, elle était à moi et je voulais la préserver. Je fis alors quelques pas sur les trottoirs des rues voisines pour prendre l’air et en même temps faire la petite balade du soir avec Ciril, mon fils.Chacune de ces allées sombres et désertes à cette heure de la journée me remémorait des souvenirs, parfois magnifiques, parfois moins réjouissants. Je préfère passer cet épisode, essayez de me comprendre. J’avais vécu dans cette habitation des choses qu’une fille de la ville n’oserait même pas imaginer une seule seconde. Quitter cet immeuble, c’était pour moi comme une renaissance.
Après quelques jours, nous nous mettions à la recherche d’un nouveau logement. Lyon était grand mais pour les gens comme nous, aucune porte n’était ouverte. « Les gens du ghetto, c’est comme la peste, vaut mieux les garder loin ! » Nous étendions nos recherches aux villages et aux industrie avoisinants.Non loin des industries, nous avions remarqué une jolie maison, dans une autre cité bien sûr, mais elle était chouette, 3 pièces en bas, 4 en haut avec un petit jardin et une véranda. Cette petite maisons nous plaisait bien, elle était identique aux autres mais elle avait attiré nos regards. Nous avons donc pris rendez-vous avec la personne chargée de faire visiter la maison, tout allait repartir à zéro, on devrait reprendre nos marques, nos habitudes,…et je savais aussi que je ne m’y sentirais pas comme à « l’appart’ », mais que nous serions obligés de nous y faire, même si le cœur n’y serait pas !
Le jour de la visite, nous nous étions habillés du mieux que nous avons pu car il fallait faire bonne impression pour obtenir la maison. De fait, nos vêtements nous ont porté chance, la dame qui nous avait fait visiter la maison nous reconvoquera dans les 15 jours pour, comme elle disait « de plus amples informations ».
Deux mois plus tard, nous emménagions dans la maison ! Au début, je ne m’y sentais pas très bien mais l’accueil des voisins m’a vite rassurée. Ils étaient comme nous, ni riches ni à la rue, ils étaient sympathiques et ils nous ont aidés dès le début à nous installer. En fait je pense qu’ils avaient besoin de voir de nouvelles têtes car, d’après leurs dires, les anciens locataires étaient on ne peut plus désagréables.
Revenons à l’immeuble : il devait être abattu début avril, le 3 exactement et nous étions fin mars. Plus que douze jours ! J’étais impatiente d’assister à la démolition de ma tour. Il y avait en moi un brin de nostalgie, mais aussi une excitation assez spéciale que je ne pourrais vous décrire. Nous savions que les gens de l’état mettraient les petits plats dans les grands afin de ne pas « traîner » trop longtemps aux abords de la cité. Je n’aimais pas les gens en costume-cravate, ils me répugnaient avec leurs airs supérieurs et leurs phrases à rallonge alors qu’on peut dire le même en trois mots ! Vous ne trouvez pas ça honteux qu’ils se goinfrent dans un banquet pour dix personnes alors qu’ils ne sont que deux pendant que d’autres doivent se partager un dixième de boite de conserve pour tout un groupe. Moi, en tous cas, je trouve ça dégueulasse.
Soit, nous voilà maintenant le 3 avril, le jour de «l’extermination de la cité» oui, vous entendez bien, l’extermination. J’avais appris une semaine auparavant que ce n’était pas que notre immeuble qui allait être démoli, mais tous, sans exception. C’est-à-dire plus de quartier ! Ca fait du mal quand on sait qu’il existait depuis plus de cinquante ans et qu’il n’y avait jamais eu d’affaires à mettre dans le journal ! D’après le bourge de la cité résidentielle voisine, ils allaient tout abattre pour une question de « sécurité ». Et pour les gens de la nouvelle cité où je résidais, c’est parce qu’il n’y avait pas assez de place pour construire le nouveau centre commercial. Soit encore un mensonge des pleins de fric ! Ah, mais on s’y habitue vous savez ! C’est une de leurs spécialités, raconter le plus gros mensonge, pour se donner un bon genre et écraser par la suite les petits citoyens.
La tour devait être abattue à 13h45, il restait donc une heure, et pendant cette heure, j’ai pris toutes les photos que je pouvais et dont j’avais envie. Il y avait là tous nos anciens voisins ! Certains pleuraient, d’autres étaient muets, d’autres encore essayaient d’esquisser un sourire pour essayer de remonter le moral, mais personne n’avait vraiment le cœur à la fête. Soudain, on entendit le compte à rebours débuter, 10, 9, 8, là les cœurs se serraient de plus en plus 7, 6, 5, là on voulait tout arrêter 4, 3, 2, là on se disait que tout était fini, 1, 0, une détonation énorme s’échappa d’un coup, comme si l’immeuble criait, je continuais à prendre toutes les photos que je pouvais. 
Ce jour-là, j’ai bien pris une centaine de clichés du début à la fin. Voilà pourquoi aujourd’hui je peux vous montrer ces images. C’est désolant de voir comment on peut enfoncer encore plus profondément les gens qui ont déjà du mal, de manière à relever le niveau des riches encore d’un cran. Cette photo vous montre la démolition de ma « tour de contrôle» comme je l’appelais à huit ans.
Aujourd’hui nous sommes le 13 février 2004 et ma vie a repris son cours normal, mon fils a bien grandi, il va maintenant au collège ; moi, après avoir fini ma formation d’apprentissage à lire et écrire, j’ai trouvé un travail comme standardiste dans une petite entreprise et Marc a trouvé un nouveau travail dans un garage automobile. Tout va donc très bien !Quand je pense aujourd’hui encore à ce maudit 3 avril 1992, je me dis que j’ai quand même de la chance car quand on voit le drame du 11 septembre 2001 à New-York, moi j’ai encore ma famille, mes amis, et tout ce que j’aime.Et dire que : là, j’étais là, et pourtant je ne pouvais rien y faire !
 
-Adeline, 4è B- à partir de la photo La tour écroulée, Dolorès Marat.

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