03/03/2005

Ecrire l'histoire d'une photo

Sacrée rue des Martyrs ! Qui aurait cru …
Vous savez, certaines personnes ont besoin de bouger, de voir le monde, vivre les situations les plus dangereuses sans jamais s’arrêter.  J’ai tellement parcouru ce monde, toujours à la recherche du sensationnel, de cette petite chose en plus qui fera la différence des expériences précédentes. J’ai voyagé dans les quatre coins du monde, photographié les lieux les plus magiques qui puissent exister et même vécu avec des gens de cultures très différentes. Et oui, je ne reste jamais sur place. Il y a les sédentaires qui ne bougent pas, qui sont enracinés en un lieu. Et puis, il y a les autres, il y a nous, les nomades de la vie, toujours à la recherche de ce quelque chose. Oui, de ce petit quelque chose.
Jeudi 17h.  J’étais de retour du Kenya où j’ai séjourné deux semaines. J’ai rangé mes affaires. En passant, j’ai vu que la lampe du répondeur clignotait. Naturellement, c’était maman qui m’avait laissé un message comme à son habitude. A chaque fois que j’étais parti, c’était la fin du monde. Elle aurait voulu m’accompagner à toutes mes expéditions. Bon sang ! J’ai quand même quarante ans. Et puis, elle me reprochait de ne jamais m’être marié, de n’avoir jamais fondé une famille. Elle aurait tant aimé avoir des petits-enfants. Moi, je lui disais toujours : "pour s’occuper d’une famille, il faut être stable. Ce genre de vie n’est pas pour des gars comme nous. Moi, je suis un mobile, un voyageur. J’ai besoin d’être parti en permanence. Tu le sais, non ?" C’est là qu’elle me demandait après quoi je courais. Au fond c’est vrai. Je ne l’ai jamais vraiment su…J’ai fini de ranger mes affaires, j’ai vérifié que toutes mes paperasses étaient en ordre puis je suis parti vers la boîte aux lettres. J’ai pris les lettres et les ai ouvertes une à une. La première était une facture d’électricité. Arrivé à la deuxième, je crus d’abord que le destinateur s’était trompé d’adresse. Je ne recevais jamais de lettre à l’exception des factures et autres banalités de ce genre. Je la décachète soigneusement et je découvre avec étonnement une invitation de mariage de la part d’un vieil ami que je n’ai plus revu depuis… Eh bien, depuis pas mal de temps. Le mariage était fixé au dix du mois donc ce samedi. Je supposais alors que la lettre était arrivée depuis un certain temps. Il me restait deux jour avant le mariage. Cela m’a permis de rendre visite à ma mère puis de trouver un cadeau, ce qui n’était pas facile. Alors, j’ai parcouru les grandes surfaces pour enfin me décider pour un four à micro-ondes bleu marine.
Samedi 8h. La messe était prévue à 10h. Je l’avais déjà dit ? Peu importe. Donc je disais la messe était prévue pour 10h. Je finissais de me préparer. Il était 8h30. Comme j’avais encore du temps devant moi, je décide de rentrer dans un café rue des Martyrs. Le café était vide. Il y avait deux ou trois clients. Je vis une table près de la fenêtre. Je m’en suis approché pour m’asseoir et c’est là que j’aperçus de l’autre côté de la fenêtre des jouets éparpillés. Passant du rouge au bleu et du vert au jaune, ces jouets aux couleurs enfantines étaient comme les pièces d’un puzzle, le puzzle de ma vie. Soudain, je compris ce qui me manquait. Ce n’étaient pas les sensations fortes ou même les aventures qui me manquaient. Non, c’était l’enfance. N’ayant pas connu mon père, j’ai toujours cru que l’amour d’une mère suffirait. Mais à cet instant, je venais de comprendre que ce qui me manquait était la présence d’un père. Tout ce qui était confus dans ma tête prenait un sens. Ces jouets éparpillés là, sous mes yeux, c’était moi. Ils me reflétaient au plus profond de moi. Je pris mon appareil photo pour photographier les jouets posés sur le sol. Je fis une série de prises dans tous les sens et sous tous les angles. Et dire que pendant tout ce temps, j’ai cherché l’exceptionnel, le grandiose. En fait, je l’avais là, sous mes yeux. J’avais enfin trouvé ce après quoi je courais. Ce petit quelque chose qui change toute une vie.
Je ne suis pas allé au mariage ce jour-là. J’ai juste fait envoyer le cadeau par la poste.  Deux ans plus tard, j’ai rencontré Annie. On s’est marié et on a eu deux enfants : une fille et un garçon. 
Parfois, tard dans la nuit, je repasse encore devant la rue des Martyrs à qui je dois toute ma vie. Aujourd’hui, je peux dire que j’appartiens à la première catégorie. Vous savez, celle des sédentaires. J’ai enfin trouvé mes racines. Merci. Rue des Martyrs.
 
-Gloria, 4è B- d'après la photo Les jouets rue des Martyrs, Dolorès Marat

21:09 Écrit par trace | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

trop bien j'adore trop ce texte, quand on l'a lut en classe il m'a vraiment plus, j'aime la manière dont Gloria écrit:-)

Écrit par : Maxime Rouls | 09/03/2005

Les commentaires sont fermés.