29/05/2005

Les oiseaux de l'apocalypse

Je me révaillai dans la torpeur de l’été. Le soleil illuminait ma cabane. Bien qu’elle soit entourée d’innombrables sapins, il y régnait une chaleur infernale. Midi sonnait à mon vieux coucou. J’avais faim, très faim car la tartine de pain sec de ce matin ne m’avait pas rassasié. Mon garde-manger était vide mais heureseument la forêt m’offrirait certainement quelques victuailles. C’est ainsi que je partis dans les bois avec mon fidèle cannif et mon vieux fusil. J’étais bien décidé à trouver à manger même si pour cela, je devais passer la journée à chercher.  J’avais aussi pris soin d’emmener avec moi une bonne bouteille de vin rouge. L’alcool… Mon vieux démon… C’est sans doute pour cela que ma femme m’a quitté.
J’ai marché des kilomètres des heures durant et je n’ai rien trouvé. La nature m’était donc devenue si hostile qu’elle refusait de me nourrir ?  Je ne vis aucun cerf, sanglier ou renard comme à mon habitude mais j’aperçus beaucoup d’oiseaux que j’observais le temps d’une halte. Ils me paraissent plus agités que d’habitude. Ce n’était peut-être qu’une impression car mes jambes devenaient lasses et mon corps engourdi. J’avais déjà bu la moitié de ma bouteille et j’en ressentais l’effet.  Je fus soudain attiré par un magnifique oiseau perché sur la plus haute branche du chêne centenaire contre lequel j’avais l’habitude de m’assoupir après une longue marche. Après l’avoir longuement admiré, je remarquai quelques champignons sauvages au pied de l’arbre. Je ne les connaissais pas mais j’avais tellement faim que je m’abaissai pour les cueillir. En me relevant, je fus étonné de voir, sur le tronc énorme de l’arbre, un endroit où l’écorce avait été enlevé. En regardant de plus près, j’observais une inscription gravée dans le bois : « Les oiseaux de l’apocalypse n’aiment pas être observés lorsqu’ils réfléchissent à leurs desseins».  Je trouvai cette phrase énigmatique et me dis qu’elle devait être l’oeuvre d’un aliéné échappé de l’asile situé de l’autre côté de l’immense bois.  Je décidai de faire demi-tour et de rentrer préparer mes champignons.
Le chemin du retour me parut plus long que d’habitude. Je crus même à plusieurs reprises m’être trompé de chemin. Je rencontrai seulement un groupe de promeneurs, fréquents en cette splendide saison, sur un chemin très sombre bordé de sapins. Le plus âgé d’entre eux vint vers moi, l’air affolé, et se mit à parler un langage que je ne connaissais guère. Quand il remarqua mon visage impassible, il ôta sa casquette et me désigna du doigt un petit trou béant ensanglanté sur son crâne chauve. Il vit alors mon inquiétude mêlée d’étonnement et me désigna le ciel en repoussant des cris affreux.  A la vue de ce spectacle, je bousculai l’homme et me mis à courir droit devant moi pendant plusieurs centaines de mètres. Après m’être retourné pour m’assurer qu’il ne me suivait pas, je m’arrêtai, haletant.  Malgré mes 52 ans et mon embonpoint, je n’ai rien perdu de ma condition physique d’autrefois.  J’essayai d’oublier cet événement et me remis à marche, le coeur claquant dans ma poitrine. Je m’étais tellement dépêché de fuir que j’avais laissé tomber mon maigre festin. Tant pis pour moi, je pensais maintenant plus à retourner chez moi qu’à mon estomac qui se priverait encore bien aujourd’hui.
Arrivé à l’orée d’un bosquet où coule un petit ruisseau, j’assistai encore à une magnifique scène de la nature. J’observai en effet un superbe oiseau au plumage d’or qui, perché sur une branche qui effleurait presque l’eau, était occupé à s’abreuver de cette eau fraîche et pure qui coulait entre les roches. Tout à coup, j’eus l’impression que ce superbe volatile avait détecté ma présence pourtant si discrète, presque inaperçue. Ce devait être le cas car l’oiseau s’envola très haut dans le ciel, abondonnant son bruit vage et revint quelques instants. Mon étonnement fut grand quand je vis cet oiseau, pourtant insectivore d’après mes connaissances, tenant dans son bec un petit animal poilu. On aurait dit une souris. Ma tête se mit à tourner et mon corps à suer quand je vis cet oiseau, apparemment si paisible, prendre sa proie dans ses griffes scérées et commencer un horrible rituel. Il se mit à déchiqueter le petit corps inanimé avant d’arracher la petite tête et de secouer la sienne. Son projectile arriva à mes pieds et l’oiseau prit son envol. En regardant de plus près, je constatai que la tête qui se trouvait devant moi était celle d’un gros rat des forêts, une proie beaucoup trop importante pour ce type d’oiseau.  Je regardai ce drôle d’oiseau planer dans le ciel au-dessus de moi.  Je pensai que tout cela devait être dû à tout le vin que j’avais bu et me pressai de poursuivre mon chemin vers chez moi.
Je voyais maintenant ma cabane au bout d’un sentier boisé. Je courus à toute allure, encore choqué par ce que je venais de voir. Ce n’était cependant rien, comparé à ce que je voyais maintenant : un groupe d’oiseaux, les mêmes oiseaux dorés, étaient occupés à déguster la carcasse d’un renard pris au piège quelques jours auparavant. En m’approchant à quelques mètres seulement de ces volatiles enragés, je remarquai leur soif de sang et de chaire, le plaisir démoniaque qu’ils semblaient éprouver à piquer de leur bec pointu, presque aiguisé, cet amas ensanglanté.  Mon étonnement, ma stupéfaction se transformèrent alors en une peur épouvantable. Je courus jusqu’à ma cabane pour me réfugier à l’intérieur. Je commençais à me retrouver à bout de souffle. Quand je me retournai, je vis à mes trousses une horde d’oiseaux aux yeux flamboyants. Ils semblaient venir tout droit des abîmes infernaux. Ils se déplaçaient à une allure invraisemblable et dans un tumulte de battements d’ailes et de piaillements agressifs.  Après quelques instants qui me parurent une éternité, je parvins enfin à atteindre mon abri. Une fois la porte aux charnières grinçantes fermée à double tours derrière moi, je me pressai de me barricader. Je fermai mes modestes volets de bois qui se résumaient à quelques fines planches posées contre les vitres. Je me retrouvai alors dans une obcurité totale. Les oiseaux ne m’avaient apparemment pas suivi. En effet, plus aucun bruit ne se faisait entendre au dehors.
Ma peur avait maintenant laissé place à une profonde désolation. Des larmes incontrôlables se mirent à couler sur mes joues. Je parvenais même à entendre le bruit que celles-ci faisaient en tombant sur le plancher.  Soudain, dans un fracas assourdissant, les oiseaux se mirent à attaquer la cabane. Je les devinais innombrables et furieux. Leurs cris me perçaient les tympans et cognaient dans ma tête comme un marteau. Leurs becs claquaient avec rage sur les volets.  Je fus épouvanté de constater que ces créatures infernales étaient maintenant parvenues à perforer une des planches de bois. Elles s’acharnaient dès lors sur la vitre. Celle-ci commençait dangereusement à se fêler. Tout à coup, le verre zébré éclata en éclats et un nuage noir d’oiseaux pénétra dans mon logis. J’eus le réflexe de me coucher et de rouler sous mon lit. J’entendais autour de moi les oiseaux qui détruisaient tout ce qu’ils touvaient.  Et puis… plus un bruit…Je sortis de ma cachette pour voir ce qui se passait. Il n’y avait plus en seul oiseau dans la cabane. Tout était détruit. De la vaisselle brisée et des plumes ensanglantées gisaient sur le sol. Les tentures voletaient sous l’effet du vent. Malgré ma frayeur, je sortis. Mes jambes flanchaient. J’ouvris la porte… Les oiseaux étaient tous perchés sur les branches de l’arbre devant la cabane. Ils me toisaient avec leur air hautain et plein de haine. Je fis quelques pas dehors. J’entendis la porte se refermer derrière moi. Lorsque j’arrivai au pied de l’arbre, une nuée d’oiseaux s’abattit sur moi… 
Je me réveillai, dans la torpeur de l’été, en sueur encore très choqué par le cauchemar que je venais de faire...
 
Nouvelle écrite par Benjamin, Cédric et Jean-Michel, 5è K

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