12/03/2006

Texte écrit à partir de "Psyché et l'amour", F. Gérard

Mon cher Jean,

Voilà déjà dix années que je survis sans lui, sans sentir son âme accompagner la mienne mais ma mémoire reste indemne. Malgré ses promesses et mes prières, le destin s’est empressé de nous séparer. Il ne nous a même pas permis de nous dire adieu. Que le ciel est cruel, parfois !

Je me rappelle encore, jeune fille pleine de vie et d’ambition, prête à défier les grands noms et à conquérir ma liberté. Mes parents, effrayés par ce comportement, ont commencé à surveiller mes moindres faits et gestes et m’ont piégée dans leur monde. Mais ils ont échoué car je suis restée moi-même malgré tout.

Je me souviens de ce jour de grande chaleur, en juillet 1790, où j’ai réussi à m’enfuir. Je pensais avoir tout gagné. Fière d’avoir remporté la victoire. Et voilà que je le rencontre. Je suis tombée sous son charme sans même me poser de question. Mais moi, jeune innocente, je fus prise d’un vertige devant ce sentiment aussi étrange que fulgurant. A mon réveil, se tenait devant moi celui que j’appellerai toute ma vie " mon ange ". Cependant, j’ai pris peur quand j’ai réalisé que cet homme m’était inconnu. Mais là, une chose incroyable de ma part s’est produite, je l’ai embrassé. Je ne pourrais toujours pas expliquer le pourquoi de ce geste tendre. Je ne savais plus qui j’étais, ce que je faisais, mais je m’en moquais éperdument car l’homme de ma vie me tenait près de lui. J’ai appris seulement plus tard qui il était. Un peintre, un maître des images. Ce jeune homme sans gloire et sans fortune m’a prise sous son aile , je lui ai confié toutes mes vérités et j’ai tout partagé avec lui, ce premier homme à me décrire ma beauté. Il m’a montré ses œuvres et j’ai été éblouie par son talent. Il m’a appris les couleurs, la lumière, la pureté, la profondeur en échange de tout mon amour. Nous avons vécu trois semaines d’un bonheur sans nuages . J’étais prête à oublier mes rêves et à détruire ma vie pour lui . Il passait chaque jour quelques heures solitaires dans son atelier. Jamais je ne pouvais y pénétrer. Cela constituait pour moi un agréable mystère et je m’efforçais bien de l’entretenir.Mais il a fallu qu’un jour, tout se brise, des gardes sont entrés dans le jardin et sans que j’aie eu le temps de m’enfuir, ils m’ont enlevée à l’homme que j’aimais. Dans ce moment terrible, j’ai lutté et hurlé à la mort, espérant le voir accourir. Mais il n’est jamais venu . De retour dans la prison de mon enfance, j’en suis venue à penser qu’il m’avait trahie, qu’il avait vendu notre secret pour obtenir quelque récompense. Quelle naïveté ! Quoi qu’il en soit, mes parents ont obtenu ce qu’ils cherchaient, ils m’ont mariée à un riche comte de la région voisine, veuf, et de 30 ans mon aîné.

Et je t’ai eu, mon fils. Tu étais et reste encore le soleil qui illumine ma vie tellement morne.

Il y a une semaine, j’ai appris la mort de François et hier, pour la première fois, je suis retournée dans la petite maison de " mon ange ". J’ai bravé les anciens interdits et j’ai pénétré dans son atelier. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une toile ! Un tableau d’une éclatante beauté. Un homme ailé venu des cieux embrassant une jeune fille, délicatement. Un papillon volette au dessus d’eux, tandis que celle-ci ne voit rien, ne sent rien. Elle a le regard perdu dans le vide, elle ne devine pas sa présence. Je me suis approchée et j’ai découvert mes yeux, mon nez, ma bouche, mes cheveux, mon corps. Une émotion intense s’est emparée de moi. En dessous, j’ai lu le titre : Psyché et l’amour. Mais pourtant, la fin de ce mythe est heureuse,après de nombreuses épreuves, Psyché devient immortelle en buvant l’ambroisie, elle monte sur l’Olympe et tous les dieux célèbrent son mariage avec Cupidon ! Soudain, tout s’est éclairé : " commencée en 1790 ". Cette peinture, il l’a réalisée en pensant à moi. Aujourd’hui , je n’en ai plus aucun doute, François est ton père. J’ai compris qu’il m’aimait et voulait me garder auprès de lui le plus longtemps possible.Il ne m’a pas trahie.

Quand tu liras cette lettre, je serai morte depuis longtemps. En effet, je vais révéler à tous ta véritable identité, et pour cela, je m’attend à l’échafaud. Je m’en moque.

C’est moi qui ai demandé à ta nourrice de te remettre cette lettre quand tu serais apte à comprendre.

Sache que je l’aimais trop et que je ne serai heureuse qu’auprès de lui. Je n’ai pas peur car je sais que son âme attend la mienne de l’autre côté. Personne ne nous séparera dans l’éternité.

Je t’aime, Jean Gérard,

Adieu

Ta mère.

[Laura K, 4è E]

21:06 Écrit par trace | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.